Les dernières décennies ont été marquées par une transformation majeure dans la compréhension et le traitement des violences sexuelles. Cette évolution reflète une prise de conscience collective des traumatismes profonds qu'elles engendrent et de leurs conséquences sur la santé mentale et physique des victimes.
Ce colloque souhaite retracer la clinique de la prise en charge des auteurs de violences à caractère sexuel grâce au grand témoin et la marraine de la promotion de Master Psychologie psychodynamique clinique et pathologique 2025-2027 : Sophie Baron Laforet.
Sophie Baron Laforet après avoir exercé comme psychiatre en milieu carcéral et aux urgences psychiatriques, a participé à la création des premières UMJ et elle a créé le CRIAVS à Paris. Proche collaboratrice de Claude Balier, elle a fondé avec lui l’ARTAAS l'Association de Recherche et le Traitement des Auteurs d'Agression Sexuelle. Alors que le sujet de la violence à caractère sexuel devenait une préoccupation sociale, traduite dans la loi de 1998, elle s’est spécialisée à ses côtés dans la criminologie clinique s’appuyant sur l'étude des mécanismes psychiques sous-tendant les passages à l'acte sexuels violents point d’appui des interventions thérapeutiques. L’articulation des pratiques avec les autres intervenants est restée un point central avec la clinique individuelle : réfléchir les espaces d’échanges avec la justice, le social, les familles. Elle a poursuivi ces échanges avec l’Association Française de Criminologie, AFC, dont elle a été plus récemment présidente.
Historiquement, les violences sexuelles étaient banalisées, minimisées voire niées par les institutions médicales et judiciaires. Les victimes, souvent stigmatisées, peinaient à obtenir reconnaissance et soins appropriés. L'évolution majeure réside dans la compréhension du traumatisme : nous savons désormais que ces violences affectent la mémoire, les émotions et les capacités relationnelles. La connaissance scientifique a considérablement évolué en psychopathologie sur les processus et dynamique psycho-criminologiques et psycho-victimologiques, voire psychopathologiques et a permis d'orienter les approches thérapeutiques vers des méthodes spécialisées en psycho-criminologie et en psycho-traumatologie.
L'écoute initiale s'est considérablement améliorée avec le développement d'outils d’évaluation diagnostiques spécifiques permettant de détecter le syndrome de stress post-traumatique complexe, les troubles dissociatifs et les symptômes associés. Les professionnels sont désormais formés à recueillir la parole des victimes dans un cadre sécurisant, sans re-victimisation, en respectant leur rythme et leur capacité à verbaliser.
La prise en charge ne se limite plus au seul aspect psychologique mais englobe les dimensions médicale, sociale et juridique. Les centres de référence dédiés aux victimes de violences sexuelles multiplient les collaborations entre psychologues, médecins, travailleurs sociaux et juristes. Par ce colloque, nous souhaitons entretenir le dialogue interdisciplinaire en faisant intervenir des praticiens et chercheurs de différentes spécialités et champ d'exercice dans le milieu judiciaire, éducatif et psychiatrique. En effet, l'évolution s'est étendue aux violences conjugales et intra-familiales, désormais reconnues comme des situations de danger nécessitant une intervention coordonnée des services de protection. Les protocoles spécifiques pour les enfants victimes d'inceste ont révolutionné l'accompagnement en pédopsychiatrie. Concernant la prostitution, la perspective a également évolué : de plus en plus de professionnels reconnaissent les personnes prostituées comme victimes de violences systémiques nécessitant un accompagnement thérapeutique spécialisé, notamment pour traiter les traumatismes répétés et la dissociation.
Enfin, de manière tout à fait contemporaine, les phénomènes de cyberviolences notamment sexuelles ont bouleversé le champ de l’investigation et de la prise en charge victimologique et agressologique. Il s’agira donc d’interroger en quoi ces nouvelles formes de violence ont un impact spécifique dans la compréhension du phénomène psychopathologique.
Sur ces avancées, des défis persistent : accessibilité des soins, formation insuffisante des professionnels, délais d'attente. Comment mieux accompagner les processus judiciaires ? Quelles alternatives quand la justice ne peut se prononcer ? Que pouvons-nous aujourd’hui proposer aux victimes ? Aux auteurs désignés ? A l’entourage ? A l’institution bousculée par les révélations ? Que proposer en connaissance des effets des conduites violentes de ce type sur notre fonctionnement social, nos modes de relations à l’intime et au partageable ?
Les enjeux sont encore nombreux dans l’évolution des interventions, leurs articulations, le développement de la prévention primaire pour transformer durablement notre société face à ces violences.
Le colloque, en donnant la parole aux chercheurs, praticiens confirmés mais en répondant aux interrogations relevées par les étudiants de notre Master, souhaite apporter une contribution utile à cette pratique en constante évolution.